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le 2 février 2015

Le Monde de l'Art et des Lettres
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Conférence

Regards sur Jeanne d’Arc, en France et en Russie

En France, chaque année, on célèbre tous les ans, le deuxième dimanche de mai, la fête nationale de Jeanne d’Arc. Elle a été instituée par une loi du 10 juillet 1920. A Paris, une cérémonie est organisée à son monument de la place des Pyramide. L’usage veut qu’elle soit placée sous la présidence du ministre des Anciens combattants et victime de guerre et qu’une gerbe soit déposée au monument et que les monuments publics soient pavoisés de drapeaux tricolores.
Jeanne d’Arc est pour les Français depuis le XIXe siècle « La sainte de la Patrie », la vraie, pas la patrie révolutionnaire des philosophes, des jacobins et des conventionnels génocidaires, celle dont parle le professeur de Viguerie dans son livre Les Deux patries 1 . Depuis Jules Michelet dans le livre V de son Histoire de France (1841), elle a été reconnue comme le symbole national français, - surtout depuis la guerre de 1870 -, de tout le spectre politique, depuis la gauche socialiste jusqu’à l’extrême droite.
A partir de son procès en canonisation par l’église catholique, en 1897, elle est devenue une sainte luttant pour la défense du Roi Très chrétien et de la « Fille aînée de l’Eglise ».
Pour l’église orthodoxe elle est aussi depuis longtemps reconnue comme sainte, mais essentiellement sous un angle mystique en ignorant le sens politique de sa mission royale de restauration du Roi très chrétien.
En Russie, à l’époque communiste « on en parlait dans les écoles », rappelle le sculpteur Boris Lejeune. Au moment de la seconde guerre patriotique, elle avait même été récupérée avec l’Eglise et saint Alexandre Nevsky, libérateur comme elle de son pays.
Auparavant, au siècle avant-dernier, le poète Vassili Andreïevitch Joukovsky (1783+1852) avait réalisé une traduction de La Pucelle d’Orléans (Orleanskaïa deva) d’après Die Jungfrau von Orléans de Fredrich von Schiller.
Quelques temps plus tard, le compositeur Piotr Ilitch Tchaïkovsky, s’en inspira pour réaliser un opéra en 4 actes, la Pucelle d’Orléans, sur un livret d’après la traduction de Joukovsky, la Jeanne d’Arc de Jules Barbier, le livret d’Auguste Mermet pour son propre opéra et la biographie de Jeanne d’Arc d’Henri Wallon. L’ouvrage fut créé le 25 février 1881 au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg sous la direction de d’Edouard Nápravník à qui il avait été consacré.
Aujourd’hui, les artistes russes honorent toujours Jeanne d’Arc puisqu’en 2012, le sculpteur russe d’origine ukrainienne, Boris Lejeune, a réalisé un nouveau monument à Jeanne d’Arc, de bronze celui-là. Il a été élevé à la suite d’une souscription nationale, à l’ermitage Notre-Dame-de -Belmont, voisin de 3 kilomètres du village de Domrémy-la-Pucelle, là ou elle entendait ses voix. Cette souscription qui n’a reçu aucune aide de l’Etat républicain, a été lancée par l’association « Avec Jeanne », en collaboration avec l’ « association Notre-Dame de Bermont. »
Cette collaboration entre un russe et des français, démontrerait si l’en était besoin, de la permanence des liens entre les deux peuples, malgré les positions de leurs dirigeants de faits, soumis à la domination anglo-saxonne par des agents Yung lieders affidés et des émirats islamistes.
Boris Lejeune, artiste chrétien, est né à Kiev, en 1947, quand l’actuelle capitale ukrainienne faisait encore partie intégrante de l’Empire soviétisé. Après avoir achevé ses études de sculpture à l’Institut des Arts Répine (ancienne l’Académie Russe des Beaux-arts) à Saint-Pétersbourg, Boris Lejeune était rentré à Kiev où avait exécuté une série de sculptures monumentales et participé à des expositions dans plusieurs villes d’Union soviétique.
En 1980, il émigra en France, vécut quelques temps à Paris, puis s’installa dans un village de Champagne avec son épouse, Madeleine de Villaine. Parmi les nombreuses œuvres de toutes tailles produites en France et au Luxembourg, il a réalisé pour le vignoble de Vosne-Romanée, en Bourgogne, un Ange au pied de Vigne, tandis qu’une plaque commémorative du poète russe Ossip Mandelstam, rue de la Sorbonne à Paris, témoigne de sa fidélité à sa culture russe.
En parallèle à la sculpture, Boris Lejeune s’adonne à la peinture de paysage, mais aussi à la poésie. Ainsi a-t-il édité aux éditions de la Différence, trois recueils de poésies en russe, traduits en français par sa femme. Un autre, Le Miroir des heures, est paru en 2002 à Moscou. Depuis 1992 il dirige la revue Présages qu’il a fondée, et quoiqu’orthodoxe, il collabore à la revue Catholica, dans un véritable euchuménisme.
 
Relevant le défi, Boris Lejeune le sculpteur a représenté la jeune « Lorraine »2 martyrisée par les Anglais, comme une très belle jeune femme en armure s’élançant l’épée à la ceinture. Elle lève les yeux vers le ciel, les bras levés, tenant sa bannière dans la main droite.
Quand l’abbé de Tannoüarn demanda à Boris Lejeune de réfléchir à un projet de statue de notre émule d’Alexandre Nevsky, elle était loin d’être inconnue en URSS. « On enseignait son histoire dans les écoles rapporte Lejeune. On admirait en elle une héroïne de la révolte ouvrière et populaire, une combattante contre les injustices, abandonnée par les puissants. En 1970, il y a eu le film de Gleb Panfilov, Natchalo, (Le début), qui présentait une Jeanne d’Arc présentée comme un modèle de la jeune fille pleine de générosité, incomprise et abandonnée par ceux qui devraient la soutenir ». Le rôle principal était donné à une jeune ouvrière engagée pour jouer le rôle de la jeune Lorraine dans un film. C’était ainsi un va-et-vient entre la vie banale de la jeune soviétique et une évocation de la vie héroïque de la jeune française venue au secours de son Roi très chrétien. Aucune allusion bien entendue au côté spirituel de sa geste mystique, si ce n’est, à la fin du film, une vision de la Croix devant le bûcher ; ce qui « était très fort et très courageux », s’est souvenu Boris Lejeune.

Sans soutien de la part du régime républicain qui souhaite faire oublier aux Français leur histoire et leur religion, les promoteurs de ce projet franco-russe ont fait appel à la générosité des mécènes.
La statue de Jeanne d’Arc a été inaugurée le Dimanche 29 septembre 2013, à Notre-Dame de Bermont, à proximité de Domrémy, sous la houlette de l’association « Avec Jeanne » présidée par Eric Letty, entouré de l’abbé Guillaume de Tanoüarn, Alain Bournazel et Anne Brassié, en présence de membres de l’association Avec Jeanne, de M. Alain Olivier, président de l’association Notre-Dame de Bermont, d’élus locaux et de nombreux habitants de la région.
 
Un autre russe, le prince Serge Sergeïevitch Obolensky, il y vingt-six ans, a consacré à Jeanne d’Arc, un gros ouvrage en russe, Jeanne fille de Dieu, où il retrace la vie et l’œuvre de l’héroïne nationale des Français, illustré de photos prises par lui-même. Cette édition a été le fruit des nombreuses années consacrées par le prince à étudier la vie de la sainte. Ainsi pendant plus de vingt années se rendit-il à Donrémy, sillonnant tous les chemins qu’elle avait parcouru, étudiant tous les documents qu'il était possible de se procurer. Pour lui, rapporte sa fille Véra, « ce qui était le plus remarquable en Jeanne d'Arc, c'était sa profonde spiritualité, sa recherche de la Vérité et son abnégation dans le sacrifice de sa personne pour sauver son pays. » Ainsi le prince se pencha-t-il durant de longues années sur l'étude du phénomène spirituel de Jeanne, qui de simple petite paysanne française, sauva la France, et rendit-elle son trône légitime au Roi très chrétien avant d’être sacrifiée sur un bucher à Rouen, avant d’être reconnue tout de suite comme une sainte par la vox populi, et d’être canonisée officiellement plusieurs siècles plus tard. Le prince qui était parfaitement polyglotte (il parlait parfaitement le russe naturellement, le français, l'allemand, et le hongrois), décida d'écrire son ouvrage en russe parce qu’il le destinait à la Russie, Jeanne y étant le symbole de la renaissance tant souhaitée dans son pays. Voici ce qu'écrivit Evgueny Ternovsky dans ses mémoires à propos du prince S. Obolensky, ( Novy Journal, 2003 ) : « Au cours de nos discussions, Obolensky, monarchiste convaincu et patriote, se posait la question de savoir s'il existait encore en Russie des forces nationales saines ».
Le prince Serge Segueïevitch Obolensky est né en 1908 en Russie. Il était le fils du colonel-prince Sergeï Dmitrievitch Obolensky, qui fut gouverneur de différentes provinces de l’empire de Russie, et dont le dernier poste fut à Stavropol, « la ville de la Croix », pour rappeler qu’une immense croix en pierre fut trouvée à l’emplacement de la ville, au pied des montagnes du Caucase. Désirant mettre sa famille à l’abri de la terreur communiste, il émigra avec les siens en 1919 et vécut avec elle d'abord en Hongrie puis en Allemagne d’où elle quitta Berlin aux mains des nazis pour s’installer définitivement en France où le prince s’éteignit en 1980. Le prince Serge Sergueïevitch, en exil ne faillit jamais à la fidélité envers son pays natal, à l'exemple de son père, monarchiste convaincu qui fut tout au long de l'émigration à la tête du mouvement « Beloye Dvijenie ». En Hongrie le prince avait été le représentant du Grand Duc Kirill Vladimirovitch, héritier du trône de Russie. - ce qui explique que le prince s'impliqua très jeune comme journaliste politique dans les différentes revues et journaux de Berlin où il collabora à de nombreuses publications. Il fut un des membres actifs du mouvement " Mladorossy " où il eut la fonction de secrétaire politique, chargé de l'idéologie du mouvement jusqu’à ce que cet organisme soit disloqué par ses membres en 1941. Nombreux parmi ceux-ci, comme le prince Sergueï Sergueïevitch, participèrent activement à la résistance.
 
Journaliste, écrivain, philosophe, il fut le dernier rédacteur en chef de la revue Vozrojdenie (La Renaissance) paraissant à Paris, à partir du N° 100 en 1959. Après le décès du mécène A. Gukassov , jusqu'au N° 217, il en devint l'éditeur officiel jusqu' à la fin de la parution en 1974, ne trouvant plus les fonds nécessaires pour continuer . Dans la revue, il menait la rubrique « Les affaires et les hommes » dans laquelle il publia plus de 45 articles d’analyses politiques de la situation en URSS, avec un talent littéraire reconnu.
Sous le cryptonyme « S. O. » il écrivit encore 11 articles et fut encore le co-auteur anonyme de 101 publications. S. Obolensky étant descendant de Rurik, le premier souverain russe, il publia en 1939 Ukraine Terre Russe, en français, où il rappelait que Kiev était le berceau de la Russie. Cet ouvrage, malheureusement épuisé est fréquemment cité en référence parmi d'importants manuels économiques - comme source principale en français d'une étude sur l'économie ukrainienne.
Il fut une des figures en vue dans le monde de l'émigration russe. Outre ses activités politiques et littéraires, il rassemblait chez lui avec son épouse (née Irina Borissovna Von Rall, russe émigrée elle aussi) de nombreuses personnalités du monde des arts et de la littérature et était membre actif de l’Union de la Noblesse Russe (UNR) à Paris.
Jeanne fille de Dieu, primitivement édité en 1988, chez IMCA PRESSE à Paris, a été rééditée en 2013, à Saint-Pétersbourg, chez « Russkaya Kultura » où on peut se le procurer ainsi qu’à Moscou, à Dom Knigi, (La Maison du livre), et dans le reste de la Russie dans les librairies Burkoveid. A Paris, l’ouvrage est disponible en France aux Editeurs réunis, 14 rue de la Montagne Ste Geneviève.
 

 
Jean-Bernard Cahours d’Aspry
 
1 Jean de Viguerie, "Les Deux patries", essai historique sur l’idée de Patrie en France, Martin Morin éditeur, Paris.
2 En réalité, Jeanne d’Arc est née vers 1412 à Domrémy dans la province de Lorraine, mais dans un village du duché de Bar dont une partie relevait du royaume de France pour le temporel et de l’évêché de Toul pour le spirituel.


 
JBCH



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